Leçon n°2 : Il est beau mon camion !

samedi 10 août 1996
par  Pier Alessandri
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Le camion-studio qui enregistre partout et n’importe où !

Ayant vu, début 80, au Château d’Hérouville la conception du 1er "Voyageur" par Laurent Thibault, et l’ayant utilisé moult fois, je ne fus étonné quand ses nouveaux patrons (Yves Jaget, Vincent Pitras) me contactèrent en 86. Ce furent alors 10 années d’enregistrement de concerts qui s’ouvraient à moi. Et tous ces artistes qui dévoilaient soudain l’envers du décor.
...

L’ARME ABSOLUE

Il est des domaines en audio où la demande du marché est difficile à définir, voire imprévisible. Il en est de même dans le métier de l’enregistrement de concert. Certes, pour plusieurs raisons.

Il semble qu’avant, la qualité des branchements sur scène restait fragile et la venue d’un partenaire en plus pouvait amener quelques détériorations.

Un système de sonorisation en état moyen (au niveau soudures, état des câbles, isolations aux parasites, radiations, etc.) peut ne pas supporter un branchement supplémentaire (action d’une multitude de charges révélant le ou les systèmes défectueux).

Enfin, tout cela faisait dire à certains : "Tiens, voilà le mobile, ça va buzzer !", ou : "J’ai perdu en niveau, en aigus (au choix)". Mais voilà, les mobiles ont suivi l’évolution (en propreté de câblage , en isolation, etc.) des boîtes de sono jusqu’à s’équiper aux mêmes standards, mêmes prises et autres.

Il arrive même de voir certains camions mieux équipés en cablage, splitter (répartiteur des micros vers consoles) que certaines sonorisations.

Voyant que les enregistrements devenaient de plus en plus sûrs, les maisons de disques et les ingénieurs s’occupant de certains artistes ont fait de plus en plus confiance aux mobiles français. Raison pour laquelle les mobiles anglais viennent de moins en moins chez nous.

Le public amène aussi sa reconnaissance, en aimant retrouver sur disque les artistes qu’il est venu voir sur scène. La plupart des enregistrements se doublant d’une vidéo, on sent poindre le futur marché des enregistrements vidéo de concert et surtout du DVD.

Il y a eu évidemment des précurseurs. C’est ceux-là que l’on retrouve maintenant en haut du marché car ils ont réussi à s’imposer par le sérieux de leurs prestations en ayant fait oublier les galères passées.

Certains ont même réussi à faire imposer quelques standards d’enregistrement.

Les équipes du "Voyageur" en font partie. Ils furent parmi les premiers à utiliser du numérique en "live". Les bandes numériques enregistrées devaient par ailleurs être mixées sur le même support (en l’occurrence les 3324, 3324 A et 3348 Sony). Le "Voyageur" possède actuellement deux mobiles (l’ancien et le nouveau, bien sûr). A leur palmarès, nous trouvons Sting, Gainsbourg, Grateful Dead, Miles Davis, Sardou, Daho, Le Forestier, Imagination, les Avions, Sanson, Renaud, Higelin, Nougaro, Patrick Sébastien, Lara, Maçias, Smàin, Cabrel, Grand Méchant Zouk, Kassav, Mylène Farmer, Sheila, Souchon, etc.... Enfin tout le monde ou presque car il ne faut pas oublier des Reggiani, Beruriers Noirs, Manu di Bango et bien sûr les grosses opérations vidéo TV : Sabatier, Victoires de la Musique, Tour Eiffel, Moulin Rouge ou des festivals de jazz de l’été (Nice, Béziers, Salon de Provence), etc., etc., etc.

Là, il est temps (car cela sera notre propos) d’introduire le concepteur du dernier mobile le "Voyageur 2". J’ai nommé Yves Jaget, ingénieur-son en studio, sonorisation ou mobile.

De sa logique implacable, il nous explique pourquoi il a décidé de faire mieux que le premier mobile. Les raisons en sont simples. Que faire lorsque deux clients veulent Ie mobile en même temps, lorsque vous n’en avez qu’un. Vous refusez un client !!! Que faire aussi lorsque Prince, ou le Floyd ou Zappa vous demande, en imposant 95 micros sur scène et de tourner en 48 pistes synchro (2 x 24). Le premier mobile peut faire une centaine d’entrées avec des prémix en plus ou du 48 pistes synchro (deux machines) mais pas les deux en même temps. Donc le "Voyageur" a gentiment refusé ces grosses opérations.

On arrive facilement à une cinquantaine de jours refusés plus quelques artistes étrangers.

Donc, en combinant ces raisons on a déjà la matière à réflexion quant à la conception d’un nouveau mobile "haut de gamme".

Arrive donc le "Voyageur 2"

Il faudra la meilleure console de prise de son. Là, pas d’erreur, c’est NEVE et la petite dernière est térrassante : NEVE série VR (le "R" égale le Recall rappel des paramètres) avec automation (flying faders). Yves l’a choisie en 48 entrées (routing 48 pistes).

Donc, en suite logique, le "Voyageur 2" est câblé machines pour accepter deux 3348 Sony. Le matériel Sony a été testé depuis plus de trois ans sur le terrain et sur route. Il s’avère presque indestructible et fiable.

Et s’il accepte du 48 pistes, il accepte aussi du 24, 32 en analogique ou numérique.

Pour résoudre les problèmes de branchements vécus sur le terrain, le choix de Yves se porte sur les nouveaux patchs BSS. Ils ont l’avantage d’être de vrais préamplis micros avec alimentation fantôme incorporée et surtout d’avoir deux sorties actives protégées jusqu’à presque 3 000 volts et deux sorties passives. Ceci permet à ce patch de gérer entièrement une affaire en distribuant à plusieurs partenaires (mobile-son, vidéo, façade-son, retour-son) les sources de scène.

Il faut souligner une certaine vision à long terme quant au choix du matériel. NEVE VR + 3348 Sony forme une équipe (gagnante) que les prochaines années ne déstabiliseront pas. Et la qualité est au rendez-vous.

Bien sûr, le reste suit en qualité. Cela devient un vrai studio avec salle de machines séparée, salle de détente, producteur, bar vidéo.

Concentrons-nous sur la cabine console pour s’apercevoir que le gain de place nécessite deux extensions qui portent la surface au sol à 4 mètres sur 4.

Pour nous expliquer cela, Yves nous emmène visiter le monstre.

Et là, terrassement des cœurs

On se retrouve projeté dans une animation de fiction japonaise chère à Dorothée.

Toute l’équipe du "2" est là. Yves sort une boîte grise reliée par un appendice au monstre. Carnet de bord du capitaine "Goldojaget" à messieurs "Pitrasman" et "Weisformer" : Espace-temps 12 points 4. "Extensions ouvertes, plancher console descendu, rack d’effets descendu et console avancée en place d’écoute !!!."

Oui, vous avez bien lu. Quand les extensions s’ouvrent, on descend le plancher de la console et le rack d’effets au-dessus de la console puis on met la console en place (sur rails). Voici un schéma de dessus du mobile (extensions ouvertes).

Commençons par le plus simple.

La salle de détente comprend un canapé bourré de tiroirs (rangements obligent), une table, un bar, un frigidaire, machine à café, une télévision et une écoute + ampli hi-fi. Une porte extérieure permet d’y accéder puis une porte intermédiaire l’isole de la salle des machines.

La salle des machines peut accepter deux multipistes 3348 Sony, donc aussi des 24 et 32 pistes. Un DAT professionnel 2500 Sony accompagne un K7 pro et lecteur de CD pro Tascam. Plusieurs tiroirs permettent des rangements et voisinent avec les alimentations de la console, les amplis, cross overs et correcteurs des enceintes dont nous parlerons plus tard. En hauteur les différents patchs. Certains permettent des liaisons vidéo et d’autres s’occupent du son. Jusqu’au patch de brassage Harting 48 paires pour basculer d’un magnéto à l’autre en écoute. Ou en entrées au choix.

Le 2 pistes (rare dans un mobile) est un MCI Sony, time-code piste centrale et analogique.

Différents renvois sont absolument possibles, 40 entrées supplémentaires arrivent directement sur une barre patch console. 20 paires aussi partent de l’arrière du camion jusqu’à la salle des machines et vers la console. 24 paires spéciales isolées et blindées paire par paire (aller et retour de signaux délicats comme des raccords avec earthlift actif) sont distribuées via une grille AVS dans la salle machines. Une baie de raccordement en câble Starquad véhicule tous les time codes sans diaphonie.

40 points de patch vidéo gèrent les références, word-clock, etc.

Cela se rajoute aux 60 entrées des splitters actifs BSS. Toutes les configurations de branchement en opération sont possibles.

Le secteur est du 380 volts en triphasé sans neutre. Le camion transforme le 380 volts en mono 220 volts et crée un neutre artificiel. On rajoute une terre car le système ne marche pas sans terre. Puissance de 32 kilowatts dont 8 en régulé. Le camion génère tous les standards en basse (24, 12 volts) et haute tension. Il met aussi automatiquement les batteries en charge avec en plus une alimentation tampon des batteries (alternateur 24 volts pour lampes de secours, services, etc.)

Revenons à la cabine avec une acoustique "le-de" conçue par Christian Malcurt de la société APIA. Ce docteur en acoustique a utilisé du tissu Texaa tendu sur mousse dense de 50 mm pour la partie absorbante et du merisier massif verni mat pour la partie vivante. Le parquet est en bois ciré. Les "bass-trap" font 75 cm de profondeur ainsi que le plafond. Une vraie étude acoustique (il faut le signaler) a été faite. La console est sur dalle flottante et coussins pneumatiques. Des diffuseurs de Schroeder sont montés en géométrie répétitive et au centre prennent place des diffuseurs 2 DIM.

Les enceintes sont dans une structure désolidarisée du camion et de marque MDF. Conçues par Marc de Fouquières, elles englobent des composants ATC pour les deux basses et le médium, puis Cabasse pour le tweeter.

En tri-amplification active grâce au filtre crossover ATC, elles sont poussées par deux amplis Macrotech 2400 pour les basses et médiums puis par un Macrotech 1200 pour les aigus. Cela donne une puissance de 2 kilowatts par côté. L’ébénisterie est spéciale car aucun pan n’est parallèle. Un évent accordé les ramène dans la famille des "bass-reflex". Leur façade est recouverte de mousse (cinq épaisseurs de 5 mm) venant affleurer le bord de chaque composant pour éviter les réflexions (effets de bord).

Les petites écoutes sont des Centry 100 de chez Electrovoice, des NS10 Yamaha poussées par un Macrotech 1200.

Ouf !!! Mais, pas de panique. Nous conseillons à tous, surtout de venir le voir. Car, oui, il est aussi très beau (oh ! mon camion !!!). C’est ce que l’on retient quand on l’a vu une fois. Même si l’on sait qu’il a 2 kilomètres de câbles à l’intérieur et 600 mètres de multipaires en 20 paires à l’extérieur, cela reste une superbe oeuvre d’art et un studio comme on aimerait en trouver en fixe.

Propos recueillis par Onc’Pik’Son


Le Voyageur II

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